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lundi 16 janvier 2017

De la musique #1 - Sia

La musique dirige mes émotions et mes humeurs. Elle est capable de grandes choses, elle est belle, et parfois provoque en moi des choses fascinantes ou troublantes.

Je me suis dit que je pourrais faire quelques articles sur les musiques qui me font vibrer et le pourquoi du comment.



Sia


Sia est une artiste particulière. Ses premiers albums sont majoritairement orientés jazz/pop, et les plus récents sont plutôt orientés pop.

Néanmoins, elle a une voix reconnaissable et très jolie, et un accent, une élocution particulière qui fait qu'on la reconnaîtrait entre mille chanteuses pop.

Du coup, je vais présenter trois chansons en particulier que j'aime énormément

Cheap Thrills (album "This Is Acting", 2016)


Cette chanson à la base parle d'une personne (on imagine une jeune femme) qui se prépare pour aller en soirée le vendredi soir.

Tout ce dont elle a besoin, c'est... de toucher la piste de danse. C'est tout ce qu'il lui faut. Pas besoin de fric, comme elle le dit, juste de pouvoir danser.

Et le lendemain, même chose : allume la radio ! J'me prépare pour ma soirée du samedi, je vais pas rentrer tard !

Le clip


Je passe toujours par l'étape "clip vidéo" s'il y en a, car pour moi l'image et le son s'accordent très souvent merveilleusement bien ensembles.

Comme toujours avec Sia, l'univers visuel est essentiellement composé de deux choses : de l'art contemporain, et la danseuse Maddie Ziegler.

On peut dire ce qu'on veut sur l'exploitation des jeunes (pour rappel, à l'heure où j'écris ces lignes, Maddie a 14 ans et a déjà joué dans la plupart des clips de Sia mais a fait aussi quelques télé-crochets américains. Elle a commencé à travailler avec Sia en 2014, soit à 12 ans.

Elle est peut-être très jeune, mais cette danseuse a le mérite d'avoir une expressivité hors normes, et elle est une danseuse contemporaine hors pair (ça fait beaucoup de "hors" tout ça).

Le clip est très simple en soi. Danse contemporaine dans un studio, mais les plans sont très longs et j'aime beaucoup les plans longs car ils montrent à quel point on peut largement se passer de jump cut quand on a des artistes talentueux derrière. Il y a quand même plusieurs plans, et rien ne me prouve que le clip a été réalisé en une seule prise (ce dont je doute d'ailleurs). Néanmoins, j'aime quand même cette façon de présenter la danse contemporaine comme quelque chose de sobre et totalement au service de la musique.

L'esthétique est limitée mais pas nulle, la chorégraphie est très travaillée.

Ce qui me fait vibrer


Bref... Tout cela pour ne pas dire grand chose sur ce que je ressens, mais en fait, ce qui me fait vibrer avec cette chanson, c'est un combo de trois choses :

  1. La musicalité. J'y suis extrêmement réceptif, c'est très fluide, la percussion est très douce mais extrêmement rythmée, et (TSA oblige) je suis très influencé par les rythmes et la régularité des choses.
  2. Les phrases I don't need no money / As long as I can feel the beat ainsi que Baby I don't need dollar bills to have fun tonight. Elles me ramènent beaucoup à tout ce foin que l'on se fait avec l'argent et les choses matérielles dont on pourrait largement se passer si la société n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. Et moi-même je suis totalement ancré dans ce système dont je rêverais de pouvoir me détacher, mais sans y arriver vraiment...
  3. La phrase du refrain I love cheap thrills. Beaucoup de gens aiment les sensations fortes, mais peu sont vraiment accessibles, mais je pense surtout au fait que les émotions fortes, qui viennent de cette propension à danser en soirée pour le personnage de la chanson, peuvent venir de plein de choses "simples" en apparence. Et pour ma part, ce sont les émotions qui font partie des sensations les plus fortes que j'aie pu avoir dans la vie, bien loin devant les sensations physiques. Et cette phrase représente beaucoup pour moi, justement, au niveau des émotions que je ressens en musique. Un peu comme une mise en abîme de l'émotion de la musique dans l'émotion de la musique. Music-emotion-ception.

The Greatest (album "This Is Acting", 2016)


On parle ici d'une personne qui parle de son épuisement lié au fait qu'elle court, qu'elle affronte la vie.

La répétition permanente de la phrase I got stamina (J'ai de l'endurance en français) nous fait penser à une situation où la pression est permanente et empêche de pouvoir s'arrêter pour se reposer, et la litanie Don't give up (N'abandonne(z) pas en français, notons d'ailleurs qu'en anglais cette phrase à l'impératif ne précise pas si la chanteuse s'adresse à une personne ou plusieurs).

Ces paroles m'émeuvent car la simple phrase I'm free to be the greatest, I'm alive nous ramène beaucoup au fait que l'être humain n'est rien à la base, et qu'il peut donc tout devenir. Que le simple fait d'être vivant est une chance incroyable qui devrait nous permettre d'être grands, pas individuellement, mais surtout tous ensembles. La chanson a beau être à la première personne, ce personnage épuisé peut nous correspondre à tous, nous autres humains.

Comme beaucoup de chanteuses pop, elle a composé cette chanson avec un rappeur star américain, Kendrick Lamar (je ne mets même pas de lien vers sa fiche Wikipedia, c'est dire). Katy Perry a fait ça aussi avec sa chanson E.T avec Kanye West.

Ce n'est pas que je ne porte pas les rappeurs américains dans mon cœur, c'est juste que leurs interventions dans les chansons des chanteuses pop me laissent vide d'impressions, je les trouve particulièrement ennuyeuses, nulles en fait. Du coup, The Greatest n'échappe pas à la donne puisque sa version studio initiale est enregistrée avec un passage rappé par Kendrick Lamar. Du coup, je m'en échappe le plus possible pour écouter la version où le rappeur n'est pas présent ou je regarde le clip, où là non plus le bridge du rappeur n'est pas conservé. Bon, passons.

Autant cette chanson semble porter un message très général envers le fait que l'on est très oppressé par ce qui nous entoure et que l'on court partout, que l'on gravit des montagnes et que l'on cherche l'amour, mais le fait de ne pouvoir s'arrêter et reprendre sa respiration (premiers vers de la chanson :Running out of breath (...)), autant le clip est très engagé.

Le clip


Là par contre, le clip est loin d'être un simple clip studio. C'est un véritable engagement, un hommage aux victimes de la fusillade qui a eu lieu le 12 juin 2016 à Orlando en Floride.

Ce massacre a été revendiqué par l'organisation terroriste Daech, et a eu lieu dans une boîte de nuit LGBT.

Le clip met en scène un total de quarante-neuf enfants (dont Maddie Ziegler, encore) qui correspond au nombre de victimes. Maddie les libère au début du clip, et commence un combat (toujours sur une danse contemporaine), une lutte pour la liberté, elle enjoint ses camarades à être forts, à lutter et à se battre pour garder cette liberté.

Les danseurs sont extrêmement jeunes, et je les trouve particulièrement excellents dans cette scénographie très urbex, avec des maquillages sombres faisant presque penser à des zombies, et le final du clip est d'une violence comparable à l'acte de barbarie auquel il fait référence. Les impacts de balle dans le fond de la salle, tous les enfants qui tombent au même moment, et les larmes multicolores sur les joues de la danseuse Maddie Ziegler (les couleurs de l'arc-en-ciel représentant souvent la communauté LGBT).

Encore une fois, cette expressivité et ces larmes (de comédienne, mais je pense qu'il y a une part de sincérité dedans) sont particulièrement émouvantes, et cette "prison" dans laquelle les personnages évoluent nous fait immédiatement penser à ce que nous subirions si nous-mêmes nous étions la cible de ce genre d’infamie.

Néanmoins, même si la fin est profondément triste, le début de ce clip me marque énormément, car même si le personnage de Maddie Ziegler est désespéré face aux cadavres de ses quarante-huit amis, elle semble les "ressusciter" lorsque la musique commence, et ce semblant de liberté nous donne envie également de danser avec elle, d'accompagner le mouvement et de se battre.

Don't give up, c'est vraiment la conclusion de ce clip.

Fire meet gasoline, (album "1000 Forms Of Fear", 2014)


Là ça devient plus compliqué au niveau émotions.

La chanson met en scène un personnage qui est "amoureux du feu". C'est métaphorique, en tout cas mon interprétation le pense. Enfin je pense. Bref.

C'est vraiment une relation toxique, qui me rappelle parfois la chanson Fuel to fire d'Agnes Obel (dont je parlerai dans un autre article, il y a plein de choses à dire là aussi...)

En même temps, la relation a beau être toxique, elle est vraiment mutuelle. C'est tout l'objet de la phrase Fire meet gasoline (Le feu rencontre l'essence). Une relation entre deux êtres qui sont capables de choses encore plus fortes ensembles.

J'ai parfois l'impression de ressentir cette explosion avec le monde qui m'entoure, parfois. L'impression d'être le feu, et que l'essence est mon rapport au monde, et que le moindre contact un peu trop tendu avec le monde crée une déflagration incroyable.

Un incendie destructeur, oui, mais une chaleur comme on ne l'imagine pas, un lien ténu entre le feu et son carburant, qui est capable de grandes choses (après tout, c'est aussi grâce au soleil que les planètes existent, et la toute jeune Terre était recouverte de volcans avant de devenir la beauté planétaire que nous connaissons aujourd'hui).

Le contraire me touche beaucoup aussi. Le fait que si le feu ne rencontre pas sa gasoline, il faiblit et finit par s'éteindre.

C'est finalement une relation extrêmement forte qui lie le personnage de la chanson, qui ne peut plus respirer à cause de la fumée et des flammes, mais qui finalement a besoin de cette relation pour perdurer.

On a aussi un jeu de mot que j'aime bien :

Strike the match, strike the match now
We're a perfect match, perfect somehow
We were meant for one another

Le mot match en anglais veut dire "allumette" (qui allume le feu, évidemment), mais aussi "couple" dans le sens d'un ensemble qui se correspond (sinon pour un couple "duo" on utilise le mot-transparent couple). Du coup on a vraiment un ensemble complet qui représente le couple en proie aux flammes.

Le clip


Le clip est nettement différent des deux autres car ce n'est pas de la danse, mais un petit court-métrage (petit, vu qu'elle dure le temps de la chanson, soit quatre minutes) qui met en scène deux personnages interprétés par Heidi Klum et Pedro Pascal (ce dernier jouant le rôle d'Oberyn Martell dans Game of Thrones, pour ceux qui n'arrivent pas à le situer) qui jouent de leur sensualité et de leur relation passionnelle pour représenter cette relation enflammée.

Ils mettent d'ailleurs feu à leur maison après et la regardent brûler, dans une scénographie relativement dramatique.

Dramatique, c'est vraiment l'émotion qui me traverse quand j'écoute cette chanson...

C'est pas tout...


Il y a d'autres chansons de Sia que j'adore, comme Chanderlier, Big girls cry ou encore Elastic Heart (dont le clip est génial), j'adore le style et la musicalité de cette artiste en général.

Profitons un peu.

Frissons, liberté, drame, trois mots qui définissent ces trois premières chansons et qui évoquent beaucoup de choses en moi.

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