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mardi 13 septembre 2016

Ce que tu aimes/peux faire/qui paye (rayer la mention inaccessible)

Quand on voit parfois cette phrase "Rayer la mention inutile" sur nos papiers administratifs ou autre, on ne s'imagine pas à quel point le mot "inutile" fait écho dans nos vies.

Des fois, je me demande à quoi je sers, et que chacun s'est déjà posé la question de son "utilité" sur Terre.

Comme le dit DanyCaligula dans sa vidéo intitulée "Vous faites quoi dans la vie ?", le travail nous définit.
Et pour beaucoup, c'est un véritable enfer.



La genèse : l'enfance


Le premier choix auquel nous avons droit étant petit c'est "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?", et chaque parent sourit d'amusement quand l'enfant dira "Moi j'veux manger du chocolat !".
Et, étant donné que ce n'est pas un métier de manger du chocolat, chacun laissera l'enfant vaquer à son imagination, histoire de replonger plus tard dans les miasmes obscurs des choix de vie incompréhensibles et insensés.

Et pour la jeunesse d'aujourd'hui (désolé, j'aime la jeunesse, je suis moi-même à la fois jeune et vieux, mais nous en parlerons plus tard), c'est très difficile car nous avons tellement de distractions, de tentations et de choix que, justement, nous ne pouvons plus faire le choix. C'est comme lorsque vous allez au restaurant et que la carte fait plus de 10 pages : vous êtes perdu•es et n'arrivez plus à choisir.

Sauf qu'aujourd'hui, n'en contredisent les générations antérieures (autrement dit les plus de 50 ans d'aujourd'hui), la vie est bien plus difficile pour cette jeunesse.
Pour les 20-40 ans, nos parents ont vécu une époque où le travail était assez facile d'accès, dans une société qui favorisait soit les magnats des économies montantes (technologies, grande distribution), soit les "restes" des industries encore en forme (automobile), ainsi que l'administration publique (armée, éducation nationale, administration territoriale, etc.). Des secteurs qui recrutaient, pour la plus grande partie, avec peu de diplômes.
Plutôt que de parler de "plein-emploi" comme on l'entend souvent, je préfèrerais parler plutôt "d'équilibre du marché de l'emploi". Les chômeurs existaient, mais étaient moins "sur-qualifiés" qu'aujourd'hui.

Notre génération (les ados de 2000)


Depuis les années 2000, le marché de l'emploi a perdu de sa superbe en France. Les secteurs qui recrutent sont des métiers "d'élite" comme ceux liés aux nouvelles technologies – bien que ce qualificatif "d'élite" tend à devenir moins élitiste, comme les jeunes qui sortent de la fameuse École 42, et aux plateformes de MOOCs comme OpenClassrooms, tout en étant pour autant un secteur extrêmement technique.
Mais les industries et certains secteurs "moins sexy" comme l'administration publique et les secteurs de santé notamment, continuent de recruter énormément. Les secteurs médicaux peinent à trouver des spécialistes (en même temps il faut dire que faire 8 ans d'études, ça ne donne pas envie, surtout quand les parents n'ont pas les moyens de participer...).

C'est facile, on passe notre temps à se plaindre du RSI et de la CAF, mais l'État coupe des postes ici et là, mais d'une certaine manière, s'il y avait moins de chômeurs (bon, et moins de fraude aussi), l'État aurait peut-être moins "envie" de supprimer des postes dans les services publics, mais on s'écarte du sujet, je ne m'y connais pas assez en macro-économie pour ça.

Nos choix

Du coup, les jeunes actifs (20-30 ans, donc) ont un choix cornélien à faire, un dilemme difficile à surmonter :
Choisir entre un métier qu'on aime / que l'on peut faire / qui paye correctement, et rayer l'un des trois critères.

Qui n'a jamais dit ou entendu "Je voudrais bien être { mettre ici un métier d'artisan ou artiste quelconque }" ?
Nous faisons tous face à ça : un métier est quelque chose qui va nous définir contre notre gré, donc dans un premier temps, on peut faire ce qu'on veut, mais nous ne sommes pas Neo qui peut choisir la vérité harrassante de la pilule rouge ou le confort insouciant de la pilule bleue. Nous n'avons pas le choix : il faut choisir un métier.

Et pour ceux qui ont des enfants, c'est encore pire : le choix sera encore plus restreint à cause de la nécessité du troisième critère (l'argent) car il faut subvenir aux besoins des enfants et de la famille.

Pour notre génération, on ne peut quasiment jamais faire ce que l'on "aime", tout simplement parce qu'on ne le peut pas (pas la capacité de le faire, ou pas les moyens de se former), et/ou que ça ne paye pas (artiste par exemple, mais aussi d'autres métiers plus "communs", difficiles et pas assez payés, comme sage-femme par exemple).
Nous sommes presque "condamnés" à choisir uniquement un métier que l'on est capable de faire et qui paye correctement, tout simplement parce que l'actuelle société ultra-consumériste et basée sur des spéculations bancaires permanentes et une économie oppressante, tout ceci nous dépasse, nous qui avons grandi avec les Pokémon, Goldorak ou les Cités d'Or, qui avons goûté la distraction extrême (Internet et le web, les jeux vidéo, la télévision...) et qui, pour la plupart, avons eu une vie modeste avec pas "trop" mais pas "rien". On a eu juste ce qu'il faut pour que notre intérêt pour la société se forme et devienne profondément négatif et pessimiste.

Nous sommes une génération de pessimistes et de "laissés pour compte".

L'évolution de la société

L'Humanité a énormément évolué en plusieurs millions d'années. L'agriculture, l'élevage, l'écriture, la communauté et les notions de pouvoir, la religion, l'art, la science, la communication, l'industrie, et maintenant, l'apogée de la médiatisation et de l'ultra-connexion.

À chaque fois, l'Humanité n'était pas préparée. Ouvrez un peu l'excellent "Prenez le temps d'e-penser" et lisez les excellents chapitres parlant de Giordano Bruno et de Galilée, pour voir un exemple de ce que l'Humanité a pu faire par peur du changement de la pensée scientifique versus la pensée religieuse.

Pensez au nombre de fois où les humains se sont entre-tués pour des raisons diverses et variées, que ce soit pour le pouvoir, la gloire ou l'argent. Toutes les évolutions majeures de l'Humanité ont apporté leur lot de détracteurs, enfermés dans leurs propres angoisses, qui avaient juste le bras plus long que les autres, ou un peu plus de muscles, ou tout simplement un charisme à toute épreuve.

L'arrivée d'Internet est probablement l'un des plus grands bouleversements de notre Histoire, car elle a su apporter l'information à la planète entière, alors qu'autrefois les changements subissaient les complications de la distance et des moyens d'accès moins faciles.

Notre société n'est pas prête pour l'arrivée d'Internet, et on le ressent aujourd'hui : le buzz, le harcèlement, la fraude, le piratage, la médiatisation constante de tout, la désinformation et la manipulation des esprits, tout est rendu plus facile depuis que "les gens" regardent les même sites web chaque jour (Facebook, Google et Wikipédia en tête).

Tous les secteurs d'activités de notre monde ont subi ce phénomène, certains en bien (je ne serais pas marié et n'aurais pas deux enfants aujourd'hui sans Internet), d'autres en mal (la quantité de gens qui sont enrôlés par les extrémistes religieux via les réseaux sociaux).
On ne peut pas dire qu'Internet c'est mal. On peut juste dire (comme pour tout, d'ailleurs) que chacun en fait son propre usage.

Et le travail, c'est l'un des secteurs qui, en France, en a beaucoup pâti : il est devenu plus facile de délocaliser car les secteurs industriels s'étant considérablement automatisés, il est plus simple d'aller construire une chaîne de montage "en kit" dans un pays qui coûtera moins cher en charges plutôt que de subir les affreuses taxes de notre pays. Et ce n'est qu'un exemple, très basique s'il en est.

Du coup, notre jeunesse se retrouve à tout envier sur le web, sans pour autant trouver sa voie, qu'il aimerait dénuée de cette interface pixellisée qui nous sert de quotidien.

Exemple avec les vidéos

Comme le disent certains vidéastes (Antoine-Daniel, DanyCaligula, Cyprien, et plein d'autres), devenir "youtubeur" était impensable il y a quelques années. Puis, les smartphones ultra-perfectionnés, la 3G puis la 4G, la fibre, l'ultra-connexion, ont fait que les vidéos sur le web sont devenues légion et que les "stars du web" ont germé et mûri. Comme pour tout phénomène de masse, il y a un effet "Oh, j'en ai tellement envie !" (qui est normal, malgré tout) et chacun veut y mettre sa patte (ou sa pâte, comme vous voulez).
Sauf que justement, le marché est déjà saturé. On sent un essoufflement des actuelles stars du web, ou elles tendent à s'encarcaner dans des secteurs plus fermés (comme la télé) et souffrent de cette différence d'audience, de règles.
Voilà, l'évolution haut débit vient déjà de rendre compliquée la tâche de devenir "youtubeur".

L'instant égo

Je pourrais continuer le développement web (qui est mon métier actuel), car je peux le faire, ça paye correctement, mais j'aime de moins en moins ce métier (pour plein de raisons).

J'aimerais pouvoir faire du dev uniquement pour mes projets personnels. Sauf que ça ne paye pas (ou très peu).

J'aurais tellement voulu être artiste, mais je n'en ai pas les capacités (et avec ma vie actuelle, pas le temps), et qui plus est, ça ne paye pas non plus à moins d'être vraiment doué (ou d'avoir de la chance).

Remplacez "je" par le nom de n'importe quelle personne entre 20 et 30 ans aujourd'hui.
Remplacez le dev par l'actuel métier de cette personne.
Remplacez "artiste" par n'importe quel métier que cette personne aime.

Vous voilà en possession de la pire frustration de la plupart des "jeunes" d'aujourd'hui.

Et sinon, à quoi ça sert tout ce pessimisme ? Alors instant égo oblige, ça me permet de me décharger un peu car mon métier me bouffe la vie (et oui, rester le cul sur une chaise toute la journée, à regarder un écran, ça fait mal, et si vous pensez que non, j'aimerais que vous puissiez vivre dans ma tête et mon corps une journée pour le voir), mais aussi ça me permet de pointer du doigt un problème général de notre génération :

Nous voudrions tous être des artistes.

Alors allons-y, remontons le temps en TARDIS ou en DeLorean, et vivons au Moyen-Âge, dans ces temps où seule la famille et la survie étaient importants pour la plupart des gens...


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