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mercredi 3 février 2016

Scandale du JdrGate : Agate RPG vs BlackBook Editions

Cela ne vous aura pas échappé (aux "rôlistes" du moins), depuis quelques temps, les deux maisons d'édition se tirent une part de marché sur un sujet : Donjons et Dragons V5.

Et cela met en ébullition toute la communauté rôliste francophone.

Petit historique.



Je précise dores et déjà que cet article est mon point de vue, le plus objectif possible, sur la situation. Chaque mention "je pense" reste mon avis, le reste n'est que faits et constats.

Tout commença avec D&D


Donjons et Dragons est l'un des premiers jeux de rôle commercialisé avec l'étiquette "JdR" que l'on connaît aujourd'hui. Il a aujourd'hui environ quarante ans (sorti dans les années 1970), et a vécu plusieurs versions. D&D, AD&D, AD&D2, D&D3, D&D3.5 (version "plus ou moins libre") et D&D4 (et d'autres versions annexes, avec tout un tas d'autres univers, etc.).

Courant 2014-2015, Wizards of the Coast, a.k.a. WotC (possesseur de la licence) a sorti D&D5 et les publications ont commencé à sortir, en anglais et aux États-Unis seulement.

Attendant patiemment, les fans internationaux ont tout de même fait part de leur frustration sur l'absence de traduction.

Libéréééé (bon, j'arrête, ok)


Maintenant, le problème.

Lorsqu'en Novembre 2015 WotC sort une version "libre" de leur nouvelle version (une OGL, Open Game Licence) à l'aide d'un SRD (System Reference Document, en gros, l'explication des règles sans contexte, juste des règles), la communauté rôliste internationale est en émoi.

"Oui, on va pouvoir ENFIN faire comme avec D&D3.5 et avoir plein de nouveaux univers !"


"Super, je peux faire un jeu basé sur D&D v5 et le commercialiser !"


Etc.

Sauf qu'en France, deux idées (logiques, lucides, opportunistes, mais pas moins légitimes) ont germé dans deux maisons d'éditions de l'hexagone :

Black Book Éditions, a.k.a. BBE, aussi éditeurs du magazine rôliste Casus Belli, souhaite enrichir le SRD de D&D5 en proposant ses propres ajouts, qui manquent au SRD (jugé incomplet), permettant d'avoir un D&D5 qui soit vraiment "fabriqué en France", vraiment "custom" et original, propre à BBE, mais dans un univers proche des origines de D&D.

Agate Éditions (ou aussi Agate RPG), de son côté, décide de proposer une traduction du SRD (la définition des règles) de D&D5 accompagné d'un "tryptique de base" composé du Livre du Joueur, du Guide du Meneur, et du Bestiaire. Ce tryptique, devenu mythique grâce à D&D, compose quasiment chaque édition de D&D et est très apprécié des joueurs et meneurs. Un retour aux sources, en quelques sortes, tout en restant dans la ligne de D&D sur les publications, tout en misant sur l'éthique d'une rémunération forte des auteurs, traducteurs et illustrateurs.

Bref, deux démarches plutôt différentes, critiquables et défendables, mais en aucun cas propres à être totalement dépréciées.

Pourquoi est-ce un problème ?

Le problème : l'article de trop


Parce qu'aujourd'hui, BBE a poussé un coup de gueule sur leur site/blog.

Parce qu'Agate aurait été, d'après eux, malhonnête.

Pour la petite histoire, Agate a un projet (financé par crowdfunding sur Ulule) en retard depuis plus de 3 ans : la campagne officielle des Ombres d'Esteren, Dearg.

Sauf que BBE traîne aussi un jeu de rôle en retard depuis à peu près autant de temps, Pavillon Noir.

Erreurs éditoriales, immaturité dans l'analyse d'un planning, surcharge de travail, manque de temps, dépenses inopinées, on s'en fiche, les deux sont dans le même bateau.

MAIS.

Remettons les choses dans leur contexte !

Agate est une structure qui, à la base, était associative (par le biais de l'association "Forgesonges", un collectif d'auteurs et illustrateurs, justement à l'origine du jeu de rôle "Les Ombres d'Esteren").

Black Book Editions est une entreprise, qui possède un magazine et édite plusieurs jeux de rôles, et font des traductions également.

Du coup, pour l'instant, l'entente était tendue tout en étant amicale (wow, belle allitération en "t") entre les deux, jusqu'à aujourd'hui avec cet article de BBE qui l'accuse presque de "C'était moi le premier, tumapikémaplasse, na !".
Agate lance son projet, plusieurs heures avant le nôtre pour nous couper l’herbe sous le pied.
(BBE ; David B., Damien C. et Tête brûlée ; 02/01/2016)

D'après Agate, le projet était en gestation depuis un moment sur une production autour de D&D5, mais au niveau de BBE rien n'indique quelque chose de similaire. Or, BBE "accuse" Agate d'avoir lancé son crowdfunding juste après eux, presque comme un plagiat de stratégie.

Sauf que, cela a été confirmé par Agate sur la page Ulule de leur projet, les projets ont été préparés en même temps (à plus ou moins quelques jours). Je dis biens préparés, et non lancés, car un projet Ulule ça se prépare, et ensuite il faut appuyer sur le bouton pour rendre le projet public. J'imagine que sur la plateforme de BBE c'est pareil, vu qu'ils ont leur propre système de CF.

Donc l'accusation de BBE n'est en grande partie qu'un simple coup de gueule frustré, presque gratuit.

Je dis "presque" parce que BBE indique dans son article qu'Agate a démarché des auteurs de Casus Belli pour leur proposer un salaire "plus élevé" pour travailler avec eux sur leur projet.

Pour rappel, les auteurs de JdR / publications rôlistiques, en France, sont quasiment tous freelance. Le JdR est très marginal en France, et aucun (ou très peu) auteur de jeu de rôle ne peut se targuer d'avoir pu acheter une Maserati avec ses droits d'auteur. Ce qui permet aux freelances de bosser pour plein de monde et espérer acheter un paquet de pâtes pour sa famille.

Pardonnez-moi le propos, mais c'est de la pure connerie de la part de BBE de jalouser cette attitude.
Dans TOUS les secteurs professionnels où le talent est important, le démarchage est quelque chose de normal. Reste à chaque "employé" de faire son choix.

Dans mon monde professionnel (le développement web) les profils pleuvent partout. Les bons devs s'arrachent, et les cabinets de recrutement font des marges de dingue car ce secteur recrute énormément. Du coup, les "bons" devs sont appelés très souvent parce qu'ils ont une page publique avec leurs réalisations (un portfolio, ou une page Github), et on peut voir s'ils sont cools.

Pour les auteurs freelance, c'est presque pareil. Les meilleurs, tout le monde les veut.

Sauf qu'ils ont l'avantage de ne PAS être sous un contrat de travail, et donc ils n'ont pas de contrat d'exclusivité sur leurs "clients". Et donc, en gros, ils font ce qu'ils veulent, et c'est à leur avantage. Et si on leur propose mieux et qu'ils vont voir ailleurs pour une meilleure paye, ils ont raison. Et s'ils ne le font pas, par "honneur" ou par fidélité, ils ont raison aussi.

En fait, c'est leur vie, ce sont leurs choix, donc on n'a pas à les juger. Ni à juger les actes d'Agate ou BBE.

La démarche


Chacune des maisons a sa propre démarche dans cette nouvelle publication, la communication est différente car les intervenants humains ont leur propre manière de faire.

Sauf que là, BBE profère de réelles attaques à l'encontre d'Agate.

Quelques citations provenant de l'article en question :
la ligne rouge a été franchie

un éditeur prêt à bien des coups bas

Seuls les naïfs peuvent ne pas voir là la déclaration de guerre.

C’était fourbe (...)

Agate a dépassé les bornes (...)

Ils devraient assumer d’être sans foi ni loi.

Avec de telles pratiques, Agate ne peut pas se donner le beau rôle.

Sans compter qu'ils se posent en victimes
Agate nous a tordu le bras (...)

(...) Soit nous acceptions leur traduction, leur reconnaissant en quelque sorte une compétence supérieure, soit nous étions tenus de leur donner la nôtre, pour ne pas apparaitre comme le vilain éditeur qui divise la communauté et qui n’est pas prêt à tendre la main comme eux venaient juste de le faire (...)

(...) l’éditeur n’est intervenu pour modérer ses commentaires uniquement quand nous lui avons fait savoir que laisser dire du mal des confrères sur leur page n’était pas professionnel.

Les gentils d’Agate utilisent les 10 000€ économisés grâce à la traduction de Héros & Dragons… pour débaucher des auteurs… qui travaillent sur Héros & Dragons ! Scandaleux !

Peut-être même que cela va impacter négativement notre projet.

Et en faisant mine d'une forme de mea culpa :
Tout cela partait donc sur de mauvaises bases. Mais nous avons décidé de mettre notre mouchoir par-dessus.

Imaginez si ça avait été l’inverse. BBE décide de proposer pour Héros & Dragons 4 à 5 fois plus d’argent à l’illustrateur de Esteren pour bosser sur Héros & Dragons. Qu’en penserait les soutiens d’Agate ?
Sauf que nous ne ferions jamais ça.

Nous allons respecter notre parole donnée (...) et fournir gratuitement à Agate notre traduction du SRD, en même temps que tous les autres éditeurs.

Depuis quand est-ce que BBE fait de la politique ?

On retrouve là toute une sémantique propre aux politiciens en campagne qui accusent l'autre de lui piquer ses électeurs au motif que ceux-ci auraient une mauvaise éthique, tandis qu'eux-mêmes auraient une démarche noble.

Les auteurs de l'article (puisqu'ils sont 3, cités plus haut dans la première citation de l'article) ont délibérément écrit ces accusations. C'est totalement assumé, je pense, et surtout, c'est un tel pavé qu'il va sans dire que le but était vraiment de taper du poing sur la table sur un sujet qui leur tient à cœur.

Mais je pose une question :

Lorsqu'une cause nous tient à cœur, faut-il pour autant avoir l'attitude d'un enfant dans la cour de récré d'une école primaire ?


Parce que là, c'est ce que je perçois: de la frustration, de la jalousie, et de l'immaturité.

Moralité


Je vais conclure cet article avec deux choses : un point de vue et un fait (peut-être dans le désordre).

Il est évident que BBE a lancé un pavé dans la mare.

Je pense même qu'ils ont carrément activé une bombe médiatique sans précédent dans le monde, pourtant si petit, du jeu de rôle.

Les commentateurs s'en prennent à cœur joie (la preuve, vous lisez cet article jusqu'au bout), les commentaires pleuvent, certains assassins envers BBE, d'autres insultant Agate.

Pour ma part, j'ai toujours aimé BBE et Agate conjointement, mais là, mon point de vue change. Pour avoir rencontré des membres des deux équipes, et pour travailler régulièrement avec Agate sur des projets web, je pense que tout le monde a un bon fond, mais les auteurs de l'article de BBE sont, à mon avis, très mauvais en communication.

Et ensuite ?


Rien n'est plus destructeur que le buzz, mais pour autant c'est aussi salvateur dans certains cas.

Je suis certain que les statistiques montreront que les deux projets vont bénéficier d'un boom financier, alors que ceux-ci sont déjà tous les deux grand un succès.

Alors du coup, pourquoi cracher sur une cause ou une autre ?

Les deux éditions de D&D5 en français seront bonnes, j'en suis persuadé.

Alors pour l'amour de la culture, financez les deux projets, BBE et Agate, et soutenez la littérature et l'artisanat français.

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