All rights reserved © Pierstoval
Moon art from Lawlie.
(Support artists by paying them)
Background from Solar System Scope

mercredi 13 janvier 2016

De la réussite

La réussite, oui, mais à quel prix ?

(Attention, cet article peut contenir une pointe de subjectivité à dose astronomique, vous le lisez à vos risques et périls, toute ressemblance avec la réalité est purement fortuite, et tout avis éclairé reste et demeure celui de son auteur.)

Pour les artistes graphistes, illustrateurs, photographes, musiciens, mais aussi les prestataires webmasters, ouvriers, formateurs, dépanneurs, tout le monde n'a pas la même notion de réussite.
Et c'est encore pire maintenant que le non-respect est arrivé à son paroxysme dans le fait de grimper les échelons en tapant sur les autres (oui, c'est un point de vue). On est parfois tentés de penser que l'on a réussi juste parce qu'on a surpassé notre voisin...



Quand nos ancêtres (Lesquels ? Une grande partie. Évasif, moi ? Meuh non.) étaient petits, la réussite c'était d'avoir un titre de noblesse. Ou d'avoir une grande famille. Ou avoir ses propres terres à exploiter. Ou être le chouchou du seigneur. Ou avoir un grand harem bien rempli. Ou de siéger à l'oppidum. Ou d'être philosophe ou géomètre. Ou de savoir chasser.
Quand nos grands-parents étaient petits, la réussite c'était d'être fonctionnaire ou d'avoir son propre commerce et qu'il soit célèbre, ou encore d'être un militaire de renom.
Quand nos parents étaient petits, la réussite c'était d'avoir un travail payé correctement et de pouvoir acheter une maison.

Bref, chaque génération a sa propre notion de "réussite", chaque pays, chaque culture, chaque civilisation en somme.

Depuis quelques années, je me demande si j'ai "réussi". Je suis pourtant jeune, j'ai moins de trente ans, je suis en CDI dans une branche qui embauche à foison, je suis en couple depuis près de 11 ans, j'ai deux enfants, et cette année je me prépare pour tenter d'acheter une maison.

Mais il y a une espèce d'arrière-goût, une sorte de manque, de chose qui n'est pas complète.
D'aucuns me diraient que j'ai réussi, d'autres me diraient "le meilleur est à venir", ou "le pire est derrière toi", ou tout un tas d'autres phrases préconçues toutes aussi bizarres les unes que les autres.

Je ne sais pas trop si je suis sûr de moi sur ce sujet, mais je pense que je suis "en voie de réussite", et au final j'ai envie de rester dans cet état.

Parce qu'après tout, quand on a "réussi", qu'advient-il du reste ?

Dans un jeu, quand on "réussit", on termine le niveau, le combat, la mission, la quête, ou le jeu en lui-même. Et après, il reste quoi ?

C'est un peu comme comparer un jeu "solo" à l'ancienne avec un MMORPG aujourd'hui.

Dans la version "à l'ancienne", une fois qu'on avait fini le jeu, on pouvait le recommencer en augmentant la difficulté, ou alors on pouvait aussi faire les quêtes "secondaires" pour découvrir les secrets du jeu. Et après ? Pas grand chose... On se fixait des challenges ("Terminer le jeu en moins de X temps", "Faire telle mission sans perdre un seul point de vie", "Battre ce boss en ayant 1 point de vie", etc.), mais à force l'imagination prenait le pas et on s'ennuyait.

Dans la version "MMORPG d'aujourd'hui", on fait la quête principale, on peut faire les quêtes secondaires à peu près n'importe quand, et une fois qu'on a tout fait, il reste deux options :

  • "Farmer" : courir après les mêmes quêtes, les répéter inlassablement jusqu'à ce que les 0.01312% de chances nous soient favorables et que l'on puisse avoir LE super objet de taré qui nous donne un +1 dans telle caractéristique. Et recommencer, parce que les éditeurs de MMORPG rajoutent des nouveaux objets tous les trois mois.

  • Faire du JcJ : Joueurs contre Joueurs : pour le coup, c'est comme un match de foot. On recommence sans arrêt, mais chaque match est différent. Ce sont toujours les mêmes règles, mais parfois on ne joue pas avec les mêmes joueurs. Bref, ce n'est pas un cercle sans fin, mais plutôt une rosace sans fin.


Et après ?

Y a-t-il seulement un après ?

Dans la vraie vie c'est un peu pareil au final, enfin je trouve.

Soit on court après un job qu'on va faire pendant 30 ans en se plaignant tout le temps, tout ça pour courir après les quelques euros qui nous permettent d'ajouter un élément au capital "vacances réussies", soit on s'acharne à trouver "le" meilleur taff quitte à devoir écraser son prochain pour s'en sortir, tout ça pour avoir les meilleures statistiques en termes de capital fric et notoriété.

Et ça, c'est quelque chose qui est partagé par genre 80% de la population active. Où est-ce que je trouve ce chiffre ? Eh bien dans la loi de Zipf étendue à d'autres sujets, ou encore dans le principe de Pareto.

Parce que oui, aujourd'hui je pense que 20% de la population correspond à des élites ambitieuses, et 80% à des personnes aux principes plus statiques.

Loin de moi l'idée de dénigrer quoi que ce soit, car effectivement je n'aime pas le confort pour le confort, je n'aime pas stagner en quelque situation que ce soit, mais clairement je pense qu'il doit y avoir 80% de personnes qui ne "réussissent pas", et 20% qui "réussissent" selon les mœurs et les idées en fonction du pays de vie.

Je n'ai pas d'idée précise de la "réussite", en fait, parce que je ne vois pas de réussite sans progression constante.

C'est un peu comme une équation qui fonctionnerait à l'inverse :
Réussite = ambitions * moyens mis en œuvre * temps * chance

On ne peut pas parler de réussite sans mises en œuvres. C'est pour cela que cette valeur est supérieure ou égale à 1, c'est obligé. Si on ne met rien en œuvre, c'est qu'on ne fait rien, et donc comment parler de réussite ?

Ensuite, fonction des ambitions et du temps, c'est presque évident à mes yeux : on peut tout de même réussir avec peu d'ambitions, mais beaucoup de temps. Ou inversement, avec énormément d'ambitions et peu de temps. Dans tous les cas, on ne peut rien mettre à zéro, mais on peut tout mettre à 1 si on en a envie.

Les moyens mis en œuvre peuvent autant être le travail que le talent, l'un n'est pas dissociable de l'autre (on peut être talentueux en travaillant, et travailler sans avoir de talent). L'important, c'est surtout de s'en servir et de tout faire pour réussir.

L'avantage, c'est que plus on augmente l'une des valeurs, plus on réussit, et plus on multiplie ses chances de réussite.

Et puis bon, on a tout de même une partie de chance, c'est indéniable (certains l'appellent "la loi de Murphy", d'autres "Dieu", enfin certains utilisent s'amusent à jeter un dé...). Ce qui est drôle d'ailleurs c'est que la chance peut se situer entre 0 et 1, parfois, ça n'empêchera pas certains d'augmenter les autres valeurs et de réussir quand même.

Dans le star-system, il n'est pas rare que seule l'ambition et/ou la chance servent de tremplin, mais derrière, peu de moyens et peu de temps, ça nous donne les boys-band des années 90-2000. Ambition = 1, moyens = un peu (ceux du producteur surtout), temps = très peu, chance = beaucoup.

Encore, on peut penser à ceux qui passent des années et des années à travailler, faire des études, s'acharner à faire des petits boulots ou autre, et à finalement réussir à percer dans le milieu de leurs rêves. Ambition = beaucoup, moyens = beaucoup, temps = beaucoup, chance = 1.

Du coup, pour moi, seules deux choses sont immuables : la chance et l'ambition.
La chance c'est un peu du n'importe quoi, mais c'est aussi plein de choses. On ne peut pas la définir, elle est imprévisible, mais elle peut parfois avoir un rôle prépondérant dans la réussite, mais elle restera toujours une source extérieure.
« Ah lala, j'aimerais tellement être chanteur... »
« Bonjour, je vous ai entendu vous plaindre, vous avez une voix tellement éraillée que je vous prend tout de suite pour The Voice, ensuite on monte une comédie musicale pour vous et on sort un album ! »
⇒ Chance +++

À l'inverse, l'ambition c'est totalement interne, introspectif. Pour moi c'est immuable parce que ça dépend de la personnalité (et de la génétique ?), et au final si on arrive à se convaincre de faire quelque chose, c'est loin de l'ambition : c'est que l'on met en œuvre les moyens de ses ambitions.
Certaines personnes sont déterminées à rester dans le même mode opératoire, dans leur zone de confort, dans leurs habitudes et leurs principes. Pour autant, d'autres adorent se mettre en danger, changer de point de vue pour un autre plus éclairé, faire des choses différentes pour avancer encore plus loin.

Aucun des deux ne doit être dénigré pour autant, parce que comme je le disais plus haut, c'est presque génétique, presque écrit dans notre ADN. Les lois de Zipf et de Pareto sont plutôt des principes empiriques, et pour autant on peut faire une conjecture concordante sur énormément de choses, à travers les siècles et les civilisations.

Du coup, c'est un peu comme s'il nous fallait des élites et des non-élites. Et c'est un peu comme s'il nous fallait 20% d'élites et 80% de non-élites.

Mais du coup, si tout est régi par ce principe de Pareto, alors à quoi sert de modifier les autres indicateurs que sont le temps et les moyens mis en œuvre ?
À quoi bon tenter d'aller à l'encontre d'un principe établi puisque tout est déjà défini par une loi empirique, et que de toute façon, soit on finira dans le paquet des 80%, soit on finira dans les 20% ?

Allons-nous réussir, et allons-nous tout faire pour ?

Comment allons-nous réussir ?

2 commentaires:

  1. Je pense que tu oublies deux notions fondamentales.
    La première, c'est que toute réussite est certes augmentée par le facteur chance mais que le facteur chance est rarement aléatoire ou hasardeux. Il est prouvé, que ce soit scientifiquement ou en étudiant simplement le cas des "chanceux" (il existe plusieurs très bons articles sur le sujet dont un HS complet de Science et Vie datant d'y a quelques années), ce sont des gens plus optimistes, plus ambitieux donc, plus ouverts à la réussite en général, plus confiant en eux même, ayant reçu un solide bagage émotionnel leur permettant de s'ouvrir à l'éventualité d'une réussite et appelant par conséquent la chance à eux. La chance serait donc attirée par l'ambition positive.
    En effet, il existe une planche, il faudrait que je te la retrouve, sur ce qui fait fonctionner l'ambition et la chance selon le modèle américain. Deux ambitieux peuvent évoluer différemment selon si ils font partis des optimistes ou des écrases merdes. Celui qui ne parle que de ses idées, cherche à anéantir l'autre, n'est pas dans l'écoute, l’empathie, la tolérance, qui ramène beaucoup de chose à lui, qui est victime d'une blessure narcissique le poussant constamment vers l'envie de réussite fulgurante et violente, à moins de chance de réussir que celui qui est ouvert à autrui et qui a une conscience bien-faisante de sa réussite.
    Bref, selon le schéma de celui qui aura "Ambition = beaucoup, moyens = beaucoup, temps = beaucoup, chance = 1." on peut déduire que ses "réglages psychologiques" doivent le bloquer dans l'acceptation de lui même et dans son ouverture à la réussite.
    Evidemment tout dépends de la question fondamentale que tu te pose "qu'est la réussite" car je suis d'accord avec le fait que les ambitions ont été revues à la baisse avec les siècles et surtout avec notre surnombre (il est forcément moins abordable de devenir "quelqu'un" là ou siègent des millions) mais il ne faut pas négliger le point principal de la recherche de l'homme, et c'était à mon sens le deuxième point que tu oublies : la recherche du bonheur.
    Car en effet, si "à l'époque" l'ambition était matérielle et la réussite en découlait, pour la plupart des grands esprits ayant marqué les siècles, la réussite, si du moins on devait faire un micro trottoir sur le sujet, se situerai plutôt dans les libres penseurs et ceux ayant accédé au bonheur.
    En discutant avec les gens et souvent les personnes âgées, on peut faire un constat que j'ai fais moi même en observant ma famille, dont tu fais parti mais également en lisant nombres de biographies contemporaines ou pas, que la réussite sociale, financière ou personnelle efface rarement le sentiment d'échec lié à l'absence de bonheur.
    Tu parles du star système, il suffit de voir combien de gens se sont fait sauter la cervelle à cause d'un manque d'accomplissement personnel (que l'on peut appeler "finalité", "bonheur", "amour"...) alors que tout était au top niveau à côté (argent, célébrité, dépassement de soi...). Ca fonctionne pour les artistes mais également pour les PDG, les sportifs, les politiques, bref tous ceux que de prime abord on pourrait qualifier de "ceux qui ont réussi" mais qui parfois rament horriblement et préférerai être pour reprendre Achille à Ulysse "de simples bouviers et vivre que de servir aux enfers". Car la notion de réussite avec la maturité se traduit de plus en plus par la notion d'accomplissement personnel par le bonheur et l'apaisement. Si la lute acharnée pour gravir des échelons est vaine de tout apport en sérénité, en amour et en tout ce qui rempli l'humain d'une manière générale, alors la réussite n'est plus que factice et basée sur des critères matériels qui comme on le sait, ne s'emportent pas de l'autre côté.

    RépondreSupprimer
  2. PS : et parce que j'aurai du commencer par ça : tu oublies les points que j'ai cité mais avant, je rejoins a peu près tout ce que tu dis, mon commentaire n'a qu'une vocation de complément personnel à mon sens pouvant apporter des réponses aux questions qui sont à la fin de l'article sans réponses.

    RépondreSupprimer

Vous avez le droit de garder le silence.
Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous.